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Pigiste à l'hebdomadaire France Football, le Français Jérôme Champagne (54 ans) entreprend en 1983 une carrière de diplomate qui le mène successivement à Oman, Cuba, Los Angeles et Brasília. Conseiller diplomatique et chef du protocole du comité français d'organisation de la Coupe du monde 1998, il rejoint dans la foulée la Fifa, d'abord en tant que conseiller du président Joseph Blatter, puis secrétaire général adjoint et, pour finir, directeur des affaires internationales. Consultant depuis trois ans, il vit toujours à Zurich, multiplie les missions à l'étranger (Palestine, Kosovo, Chypre du Nord, Indonésie, RD Congo) et fut commissaire football du Festival mondial des arts nègres, à Dakar, en 2010.Avec Jean-Marc Adjovi Bocco, il est recruté pour déceler les maux qui minent le développement du football au Bénin. Dans cette interview Jérôme Champagne fait le point de sa 1ère mission et fait des propositins.

Le Clairon : Ensemble avec Jean-Marc Adjovi-Boco, vous venez de faire une mission de cinq jours à Cotonou pour diagnostiquer les maux qui minent le développement du football béninois. Quels constats avez-vous fait?

Jérôme Champagne : Nous sommes venus au Bénin à l'initiative du M. Didier Aplogan, Ministre de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs, afin de comprendre et d'écouter les acteurs du football. Les constats sont nombreux. D'abord, on voit bien que les événements de dernières années entravent le développement du football béninois, division de la communauté du football, allégations en boucle, réticences - pour ne pas dire plus - du secteur privé à investir dans le football, etc. Mais le deuxième constat est à mon sens positif car nous ressentons une vraie envie de tourner la page et de relancer ce football. Nous avons ressenti aussi une disponibilité du secteur privé à "revenir" dans le football. Nous avons été frappés aussi par le potentiel de talents si ceux-ci ont une chance de progresser et de s'exprimer. Sans compter la passion pour le football présente partout mais qui aujourd'hui se reporte sur le football étranger faute de trouver au Bénin un "produit" footballistique national suffisamment de qualité, susceptible de "recevoir" cette passion des fans et des amoureux du ballon rond.

Que faut-il faire maintenant pour remonter la pente?

Pour remonter la pente, il faut plusieurs éléments au premier rang desquels il est nécessaire de restaurer l'unité du football béninois. Que les opposants d'hier s'assoient, s'expliquent entre frères et "fument le calumet de la paix" comme on dit. Des erreurs ont été commises, des manœuvres entreprises, des coups bas, bien sûr, mais il faut la réconciliation autour de l'intérêt suprême du football béninois dans une démarche à moyen et long terme, je dirais même, patriotique ! Mais nous avons été positivement impressionnés par les débats organisés en notre présence au siège de la FBF par son Président: franchise, ouverture d'esprit, volonté de régler les problèmes. C'est une étape importante à renouveler.

Comment convaincre les opérateurs économiques d'investir dans le milieu?

Pour les attirer, il n'y a pas de miracle. Premièrement, un produit de qualité sur le terrain avec des bons joueurs et du beau "vert" de terrains en bon état. Deuxièmement, des images. Comment voulez-vous inciter des partenaires privés à mettre leur nom sur le maillot d'un club si ce maillot n'est que rarement ou pas vu à la télévision? Troisièmement, un comportement exemplaire sur le terrain et là, les incidents vus à Kraké sont très contre-productifs. Enfin, le secteur privé sera toujours prêt à aider le football car l'aide de l'Etat au football sera toujours limitée par les impératifs de répondre aux besoins de la population en matière de santé, d'éducation, d'infrastructures. Mais il faut garantir à ces investisseurs que leurs financements seront totalement utiles au football.

Vous insistez souvent sur le travail des centres de formation, mais les contours juridiques pour la création de ces écoles ne sont toujours pas clairs au Bénin. Comment y parvenir?

Nous avons eu de très intéressantes discussions avec le Ministre et les directeurs de son Ministère sur l'impératif de moderniser le cadre légal, fiscal et administratif du football béninois. De la même manière, nos échanges avec le Président Anjorin ont montré que la FBF est consciente de favoriser l'émergence de la formation dans le cadre des textes de la FIFA.

Vous n'êtes pas sans savoir que la déchéance du football béninois est intimement liée au mode de gouvernance de la Fédération béninoise de football. Que faut-il changer à ce niveau? Les hommes ou les structures?

Le football béninois doit se réformer. Ceci n'est contesté par personne. Aujourd'hui, la FBF est à la croisée des chemins comme toute structure de football au 21ème siècle. Entrée dans la modernité, répond à la forte demande des opinions publiques vers plus de transparence et de lutte contre la corruption, travail sur le moyen-terme avec la formation des jeunes, soutien au football professionnel, etc...Il y aura prochainement des élections. Mais le football béninois a une grande chance car il est pour la première fois représenté à la CAF. C'est important pour faire entendre sa voix et défendre ses intérêts.

Depuis quelques années, vous clamez que le mode de gouvernance doit changer, même à la Fifa. Voulez-vous une gestion plus démocratique?

Absolument. Et ce à plusieurs niveaux. D'abord les organes de la FIFA d'aujourd'hui représentent le monde tel qu'il était après la 2ème guerre mondiale avec une surreprésentation de l'Europe. Il faut rééquilibrer. Ensuite, si tout le monde pense qu'un Président de la FIFA est tout-puissant, il faut savoir que le Président ne peut choisir le gouvernement, le Comité Exécutif, qui doit l'aider à appliquer la politique pour laquelle il a été élu. C'est comme si le Président des Etats-Unis arrivait à la Maison Blanche et devait travailler avec un gouvernement nommé par ses prédécesseurs. De plus, la FIFA est une fédération de fédérations nationales et je pense que les présidents de ces fédérations doivent disposer de la majorité des sièges de ce Comité Exécutif en coopération avec les confédérations continentales qui jouent un très grand rôle pour le football.

Ce sont des mesures simples et logiques qui s'inspirent de principes simples comme l'adaptation aux changements géopolitiques du monde, à son basculement en dehors de l'Europe, à la montée en puissance de l'Asie, du Brésil et la forte croissance de l'Afrique, ainsi que de principes démocratiques.

Et sur le terrain, quel football voulez-vous?

Le football est dans une phase d'élitisation accélérée autour d'une vingtaine de clubs ouest-européens qui monopolisent les meilleurs joueurs et donc contrôlent les images du foot à travers le monde et donc concentrent les richesses du football au détriment de 99% des membres du football, fédérations nationales, clubs et joueurs qui eux affrontent crises, endettement, faillites, salaires insuffisants et/ou non payés. Si on continue le football va devenir comme le basket avec une seule compétition, la NBA, et une fédération internationale, la FIBA, qui n'a qu'une autorité nominale sur la NBA.

Serez-vous candidat à la présidence de la Fifa en 2015?

Je n'ai pas décidé que je serai candidat et n'ai pas décidé non plus que je ne serai pas candidat. Je n'exclus rien. Mais ce qui est sûr est que je continuerai à contribuer au débat car je le crois nécessaire. Je me réjouis aussi des positions que défend publiquement le Président Blatter sur l'avenir de la FIFA qui doit rester globale et non régionale, verticale et non horizontale, sur la nécessité de poursuivre les réformes en rééquilibrant entre les continents. Je le soutiens totalement.

Enfin, que pensez-vous de la mise à l'écart de l'Ivoirien Jacques Anouma de la course à la présidence de la Caf?

Les fédérations africaines ont parlé, décidé et voté. Ce qui compte est le futur, et la place de l'Afrique dans le monde du football. Ce sport amené par le colonisateur et outil de la domination est devenu d'abord un véhicule de la lutte pour la dignité, la liberté et l'indépendance, l'équipe du FLN en Algérie, Namdi Azikiwe pour le Nigeria, les combattants de la liberté contre l'Apartheid qui jouaient au football sur Robben Island. Il est aujourd'hui un moyen pour l'Afrique d'obtenir sa juste place dans le monde. Rappelez-vous le boycott de la Coupe du Monde 1966 car l'Afrique n'avait pas d'entrée directe à la phase finale de la Coupe du Monde. Le combat pour la première Coupe du Monde sur le continent initié par le Maroc et ô combien sanctifié par la réussite de 2010 dans le pays de Mandela. Aujourd'hui, le débat est de savoir si l'Afrique va continuer à produire avec ses talents de jeunes de la "matière première" footballistique sans la transformer, sans bénéficier de sa transformation et laisser la "valeur ajoutée" aux compétitions ouest-européennes sans que le football local n'en profite ! Il faut donc sortir du cercle vicieux, départ des joueurs, baisse des championnats locaux, baisse des revenus locaux, domination des images du "Nord", etc...C'est le combat du football africain avec une FIFA forte et pro-active à ses côtés.

Réalisé par : Pérez S. LEKOTAN

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